Françoise Limoujoux : entre Libourne et Ussel

Née en 1940 à Libourne en Gironde, FranНoise Limoujoux est la digne héritière des marchands de vins. Fille de Joseph Jaouneix, marchands de vin, elle épousa André Limoujoux, fondateur de la célèbre entreprise éponyme de salaisons d’Ussel. Elle revient sur sa vie en Haute-Corrèze et nous parle d’un temps que « les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître »

 

La fille de marchand de vin

Remontons aux sources :  Mon grand-père, Jean Jaouneix avait pris la route en direction du Cantal pour y acheter de la toile à Champs-sur-Tarentaine et des parapluies d’Aurillac avec quelques amis d’égletons et de Meymac. Ils prenaient ensuite la direction du Nord de la France, pour revendre leurs produits au porte-à-porte. Les colporteurs de Haute-Corrèze avaient démarré leur petite affaire. Ils y ont rencontré des mineurs, des industriels et ont bien compris que là-bas, la bière était presque sacrée. Alors ils se sont dit : Pourquoi ne pas descendre avec les Gabarres, là-bas vers l’Ouest en direction du Bordelais. Ils y ont acheté des barriques et des demi-muids qu’ils revendaient dans le Nord. Ils avaient adjoint le vin à leur petit commerce, ajoutant quelques lignes au chapitre de l’histoire de Meymac- Près-Bordeaux et dont la Famille Jaouneix, originaire d’une petite maison entre Soudeilles et Péret-Bel-Air, allait devenir un acteur incontournable. Pendant ce temps, ma grand-mère restait et tenait la maison d’une main de maître. Elle était chaussée de sabots, je m’en souviens encore. Elle nous apprenait à battre le beurre et à préparer des flognardes extraordinaires. Ce sont des souvenirs merveilleux.

La tradition veut que mon père ait pris la suite de mon grand-père et mon frère, Jean-François, celle de mon père à l’époque, pour mettre le pied à l’étrier des jeunes colporteurs, les anciens leur donnaient des clients pour les lancer. On disait qu’ils  chinaient. Ce qui est étonnant, c’est que tous avaient leur petit calepin sur lequel les ventes étaient scrupuleusement notées. Les clients réglaient l’année suivante. Aujourd’hui, cette bienveillance a quelque peu disparu tout comme cette clientèle. C’était un commerce qui correspondait aux besoins de l’entre-deux-guerres. Aujourd’hui, on vend 2000 bouteilles à une personne. Mais ce commerce avait un charme fou. Mon père et mon frère connaissaient toute la vie de certaines familles. Ils avaient comme client la famille de François Pinault. Parfois, ils arrivaient au moment du repas, le soir et demandaient des nouvelles de la famille. Une naissance, un mariage, toute occasion était la bienvenue pour vendre quelques bouteilles. Mais ce qui prévalait, c’était la sympathie réciproque. Nous étions les Corréziens venus prendre des nouvelles de nos amis du Nord et ce petit rituel fut apprécié et perdura sur plusieurs générations. Rien n’est plus beau pour moi que d’entendre une personne me dire que nos parents se racontaient leurs histoires de familles, leurs histoires entre amis. Et puis à l’époque, internet n’existait pas et les liens n’en étaient que renforcés. Lorsque mon père et mon frère arrivaient dans une région, on leur mettait souvent une chambre à disposition. En parallèle, mon père avait amené avec lui ses frères, Baptiste, François, Albert et le mari de ma tante Hélène, monsieur Dubech pour investir dans des propriétés sur Libourne dans les appellations St Emilion, Pommerol, Montagne, Fronsac, Côtes du Castillon, etc… C’est donc là que je suis née en 1940 avec ma soeur jumelle Marie Jo alors que mon père était parti faire la guerre tandis que ma mère tenait le commerce sur Libourne. Ils m’ont donné un bel exemple de l’.panouissement dans le travail qui toute ma vie m’a guidée. Les affaires s’installèrent et les corréziens étaient nombreux sur Libourne au point que des banquets réunissaient 250 personnes avant que le bal et la bourrée redonnent aux expatriés un p’tit air Corrézien. Ils étaient gais, travailleurs, avaient le goût de la vie et d’entreprendre.

Retour en Corrèze

De toute ma famille, je suis la seule être revenue vivre en Corrèze. Toutes les fêtes du 15 août étaient sacrées chez nous. Direction la Corrèze dans la maison de famille du côté de ma mère. A cette époque, nous faisions les chars fleuris dans le quartier d’Audy. Nous avions choisi comme thème, avec nos amis, Cro-magnon. Soigneusement et avec beaucoup de complicité, nous avons construit notre grotte, y avons ajouté quelques bruyères, mais il nous manquait des tibias. Nous sommes alors allés voir Jeanne Audy, l’épouse du Maire qui, connaissant très bien la famille Limoujoux. Les garçons sont partis avec elle sur Ussel et y ont rencontr. Andr. Limoujoux qui nous a fourni notre matériel pour achever notre belle construction. André nous propos. de pratiquer un peu de sport au club de ski nautique sur Antiges au bord du lac de Neuvic. Le week-end suivant,  équipe s’y est rendue. J’y ai rencontré mon futur mari de 14 ans mon aîné pour la première fois. J’étais aussi impressionnée qu’émue par son charme fou et sa maîtrise impressionnante du ski nautique. Le soir, notre joyeuse bande est allée souper au restaurant du lac où un orchestre de femmes – je m’en souviens très bien – nous a fait danser au Casino. Quelques mois plus tard, j’épousais André Limoujoux. J’aime à dire que nous avons bien marié le vin et le saucisson ! Nous avons eu trois enfants Jean-Joseph, Jean-François et Catherine- Charlotte qui sont aujourd’hui installés à Clermond-Ferrand et Limoges. Et puis, après les avoir élevés, j’ai intégré l’entreprise Limoujoux tout à fait par hasard. Réquisitionnée un jour de grippe où les secrétaires étaient malades. Mon mari m’avait demandé de répondre au téléphone. Je l’ai saisi et ne l’ai jamais quitté.

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